Les médecins vont mettre les patients sous pression

rédigé par Dr. CHATELAIN Didier, le 25 octobre 2024

article dans les média

le 25.10.2024, dans la Tribune de Genève

Touchés dans leurs revenus, généralistes, psychiatres, pédiatres se disent contraints de limiter leurs activités.

En bref:

  • En attendant de trancher sur le fond, celui-ci a fixé une valeur du point en baisse, pesant sur les rémunérations des praticiens.
  • Les groupes professionnels de l’Association des médecins proposent à leurs membres de réduire les prestations qu’ils estiment peu ou non remboursées.

La baisse de la rémunération des médecins, liée à celle, temporaire, du point TarMed, devrait avoir des effets très concrets pour les patients genevois, a appris la «Tribune de Genève». Cabinets fermés l’après-midi, allongement des délais pour le remplissage de documents administratifs ou médicaux demandés par le système et les patients, telles sont, par exemple, quelques-unes des recommandations en cours de validation au sein du groupe de médecine interne et générale, la plus grosse section de l’Association des médecins de Genève (AMG).

Les autres sections de l’AMG ne sont pas en reste. Sur le site de l’association, le groupe de psychiatrie recommande déjà à ses adhérents une diminution du temps d’information destiné aux personnes n’étant pas déjà des patients du cabinet ou la limitation de la participation aux rencontres de réseaux organisées par les Hôpitaux universitaires (HUG), moments qui coordonnent les différentes interventions autour d’un même patient. La fin du service de piquet, le serrage de boulons lors des réévaluations de situations gérées par des psychologues sont aussi prévus.

L’association des psychiatres précise: «Les médecins effectuent beaucoup de tâches qu’ils ne peuvent facturer en raison des limitations du système de tarification et qu’ils continuent à assurer tout de même pour la qualité des soins. Ayant une baisse actuelle de leurs revenus importante, ils ne pourront plus se permettre d’assurer ces prestations.» 

Pédiatres fâchés

Mêmes causes, mêmes effets, du côté des pédiatres: «Nous allons demander à notre personnel, avance Martine Bideau, coprésidente du groupe des pédiatres, d’arrêter les conseils par téléphone. Gratuits, ceux-ci rassurent les patients et limitent les visites aux urgences des HUG.» Avoir systématiquement une consultation préalable, comme le prévoit la loi, en cas de demande d’un bon de délégation pour consulter un spécialiste, sera aussi appliqué à la lettre, tout comme «cesser les consultations multiples en cas de visite de famille et appliquer strictement le temps de consultation prévu».

Évoquées fin août lors d’une assemblée générale extraordinaire de l’AMG, ces mesures ont été mises sous toit par les différents groupes fin septembre pour une application, évidemment volontaire, par les membres de l’AMG, à partir de novembre. Apparemment, elles s’appliqueront tant que la justice ne sera pas revenue sur la baisse du point TarMed. Une décision sur le fond est attendue pour le premier semestre 2025, mais elle pourrait se faire attendre jusqu’à l’entrée en vigueur de TarDoc, le successeur de TarMed en janvier 2026. 

Patients en otage?

Les professionnels estiment n’avoir pas le choix: «Vu la réduction des moyens à notre disposition, nous allons être contraints de réduire le temps de travail de nos employés et ne pourrons plus répondre à certains besoins médicaux», explique Didier Châtelain, représentant du groupe de médecine interne: «Par ailleurs, au vu de la forte augmentation des besoins en soins et de leur coordination nécessaire, nous ne pouvons plus effectuer toutes les prestations médicales qu’on nous demande, en particulier celles qui ne doivent pas être facturées au-delà de quelques minutes et qui étaient très peu rémunérées jusqu’à présent, voire effectuées gratuitement.»

Cela concerne notamment «le fameux travail en l’absence du patient qui inclut toute la coordination des soins avec les intervenants, les patients et les familles». 

Les patients ne se retrouvent-ils pas pris en otage par ces mesures? Le reproche est balayé avec indignation: «C’est l’inverse, assure Didier Châtelain. Nous refusons que nos patients soient pris en otage par un système hypocrite qui exige toujours plus des médecins en leur imposant toujours moins de moyens. Nous voulons que le système de santé soit bien conçu pour qu’on puisse travailler correctement pour les malades, dans des conditions adéquates.»

Écho identique auprès de Martine Bideau: «Ce sont les assurances qui nous prennent en otage, comme elles prennent en otage les assurés avec leurs primes délirantes.» 

Jean-Yves Corajod, son collègue, coprésident, ajoute: «Nous sommes soumis à un diktat économique des assureurs. Nous subissons les mêmes règles économiques que toutes les entreprises privées: quand les bénéfices sont moindres, on réduit la voilure. Est-ce que les patients veulent une santé basée sur les résultats des marchés financiers? Ou une santé humaine, abordable et équitable?»

Une affaire de remboursement

Le détonateur de la colère des médecins genevois, on l’a dit, est lié à la baisse de la valeur du point TarMed, référence permettant de facturer les prestations à charge de l’assurance maladie.

En décembre 2023, 40 assurances avaient demandé un point à 94 ct., contre 0,96 ct. décidé par le Département de la santé et des mobilités. La baisse a été acceptée de façon provisoire par le Tribunal administratif fédéral, qui n’a toujours pas conclu. En juillet, l’instance acceptait une valeur de 91 ct., demandée par trois nouveaux assureurs, avec application immédiate.

«Ces décisions vont provoquer une baisse de la qualité des soins, engorger les Urgences et décourager les jeunes à choisir la médecine de famille», dénoncent les professionnels.

La révolte gronde: «C’est la cinquième baisse du point en vingt ans alors que tout le reste augmente», dénonçait en septembre dernier Antonio Pizzoferrato, secrétaire général de l’AMG, lors d’une manifestation des professionnels organisée devant les HUG. «On oublie que ces médecins de ville sont des patrons de PME qui ont des charges exponentielles.»

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MOREL Philippe
16.03.2025 21:51
Pour information, le titre, volontairement provocateur et contraire au contenu, a été choisi le matin de la publication par la rédaction. Ni Didier Châtelain, ni la journaliste n'ont été concertés pour cette décision.